France 24 quitte la Guinée : le monde ne s’est pas arrêté

France 24 quitte la Guinée : le monde ne s’est pas arrêté
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L’Afrique n’a plus besoin d’une autorisation éditoriale de l’Occident pour raconter sa propre histoire

Il y a quelque chose de singulièrement révélateur dans les réactions à la décision de la Guinée de retirer à France 24 l’autorisation d’émettre sur son territoire. À entendre certaines réactions, Conakry aurait presque débranché Internet, fermé les bibliothèques et interdit aux Guinéens de savoir ce qui se passe dans le monde.

Chronique éditoriale — AfricaHeadline

Rien de tout cela ne s’est produit, la Guinée a retiré l’autorisation d’une chaîne française et, jusqu’à preuve du contraire, la planète a continué de tourner.

La décision est intervenue après un différend entre le régulateur guinéen et France 24 au sujet d’une qualification politique employée à l’antenne pour désigner le président Mamadi Doumbouya, qualification que France Médias Monde a elle-même par la suite reconnue comme « inexacte ».

C’est précisément ici que commence le débat que certains préfèrent éviter, lorsqu’un média étranger opère dans un État souverain, il doit respecter les règles de cet État. Il n’existe aucune clause particulière du journalisme international qui ferait d’une chaîne française une institution placée au-dessus des autorités guinéennes.

La liberté de la presse est fondamentale, mais la liberté éditoriale ne saurait être confondue avec une quelconque immunité à l’égard des règles professionnelles, réglementaires ou juridiques.

Si une chaîne africaine commettait une imprécision comparable en Europe, il serait pour le moins étonnant qu’on demande à l’État concerné de l’accepter au seul motif qu’il s’agirait de « liberté de la presse ». Le principe devrait fonctionner dans les deux sens.

Cet épisode révèle également une vieille hiérarchie qui persiste dans le système médiatique international : lorsqu’un journaliste occidental interprète un événement africain, son point de vue est souvent présenté comme une analyse ; lorsqu’un journaliste africain interprète le même événement, son indépendance est aussitôt mise en doute. Pourquoi ?

Le journalisme ne devient pas meilleur parce qu’il est produit à Paris, Londres ou Washington, pas plus qu’il ne perd sa valeur parce qu’il est produit à Conakry, Luanda ou Nairobi. Les sources, les faits, la vérification et le contexte devraient constituer les véritables critères. Le passeport du journaliste ne saurait tenir lieu de certificat d’autorité.

L’Afrique a également changé, l’époque où certaines capitales européennes servaient de centres naturels de validation de la réalité africaine est en train de disparaître.

Aujourd’hui, des journalistes africains produisent de l’information pour des audiences continentales et mondiales ; les plateformes numériques permettent aux citoyens de suivre directement les événements ; et les médias africains disposent désormais des moyens de bâtir leurs propres réseaux de correspondants, d’enquête et d’analyse.

Le départ de France 24 ne signifie pas la fin de l’information en Guinée. Il signifie simplement qu’une chaîne étrangère ne diffuse plus dans cet espace médiatique.

La réaction africaine ne devrait donc pas être dictée par un quelconque complexe d’infériorité, la Guinée est souveraine et dispose du droit de réglementer son espace médiatique. Sa décision peut être critiquée, examinée et soumise au débat public ; ses conséquences sur le pluralisme peuvent également être discutées.

Mais Conakry n’a pas à demander l’autorisation de Paris pour exercer sa souveraineté. Le véritable défi se trouve désormais en Afrique même : construire des médias suffisamment professionnels, indépendants et compétitifs pour que les Africains puissent raconter leurs propres histoires sans dépendre exclusivement de ceux qui viennent d’ailleurs.

Au fond, la question ne devrait pas être : « Que perd la Guinée sans France 24 ? » Elle devrait être : « Pourquoi continue-t-on à présumer que l’Afrique est intellectuellement diminuée lorsqu’un média occidental cesse d’opérer dans l’un de ses pays ? »

La Guinée continue d’exister, les Guinéens continuent de s’informer et l’Afrique continue de parler. Peut-être ce qui est réellement en train de disparaître n’est-il pas la voix de l’Afrique, mais cette vieille idée selon laquelle quelqu’un, quelque part en Europe, devrait encore autoriser cette voix à être entendue.

L’Afrique n’a pas besoin d’expulser l’Occident. Elle doit simplement rappeler que le continent n’est plus la colonie de personne.

 

* Analyse, regards et décryptage des transformations politiques, économiques, sociales et géopolitiques du continent africain, avec une attention particulière portée à la souveraineté, à l’indépendance narrative et à la place de l’Afrique dans le nouvel ordre mondial.

 

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